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1ère partie (les auditions), animée par Stéphane Allies (Médiapart)
- Paul Quilès, animateur de Gauche Avenir, introduit les débats....
"La situation actuelle est caractérisée par la perte de références et de valeurs pour l’action collective, par l’horizon d’une crise qui ne finit pas, la précarité qui se développe, la désespérance de nombreux militants des partis politiques de gauche et l’incompréhension des associations, clubs et syndicats devant l’absence de projets mobilisateurs. En réalité, c’est d’un trop plein de projets dont souffre la gauche, chacune de ses composantes politiques considérant qu’elle incarne la gauche tout entière.
Le club Gauche Avenir a décidé de réagir. Le moment est venu, selon nous, d’enclencher une dynamique. Nous proposons une stratégie fondée sur la réunion des Etats Généraux de la Gauche afin, première étape, de définir une plate-forme commune, puis d’en tirer un manifeste, enfin, dernière étape, d’organiser des primaires en vue de désigner le ou la candidat(e) unique. Cete dynamique, nous l’avons appelé le Nouveau Front Populaire."
- Jean-Marc Roirant, de la Ligue de l'enseignement.
"J’aborderai le sujet essentiel de la place et du rôle de la vie associative dans une démocratie représentative à laquelle nous sommes très attachée. Or la gauche a du mal à se situer par rapport aux corps intermédiaires : mépris, indifférence, instrumentalisation, au mieux surveillance. Ainsi les contrats de partenariats authentiques sont l’exception.
Nos propositions, dans le cadre du respect du rôle de chacun : une reconnaissance pleine de la fonction économique, sociale et civique de la vie associative, la sécurisation du fonctionnement des associations, ce qui implique que l’on arrête les appels d’offre systématiques, enfin un véritable soutien au bénévolat. La vie associative peut stimuler l’appétit démocratique car elle est une école de vie civique, de prise de parole et d’expression permanente."
- Jean-Jacques Hazan, de la FCPE
"Plutôt que des moyens, je vais parler de courage et d’analyse politique. La question des moyens n’est pas suffisante. Nous le savons tous, la réussite scolaire, ce n’est pas seulement des moyens. Il faut savoir à quoi servent les moyens, comment on fait réussir les élèves, comment les choses se passent dans l’école ? Il faut transformer l’école, transformer les relations dans la classe. Les solutions de la droite ne solidarisent personne... Le schéma général est actuellement celui du désengagement de l’Etat, non seulement sur les moyens, mais aussi sur les objectifs. Le dénigrement systématique de l’école par Xavier Darcos, sans aucune réelle offensive politique à gauche pour s’y opposer, est dramatique. Il faut parler de programme, d’ambition, de cadre général. C’est sur ce terrain que l’on attend les politiques. Ce qui manque à gauche, ce sont les orientations, une détermination politique pour proposer une autre société."
- Gérard Aschieri, de la FSU
"Il ne faut pas avoir peur des relations et du dialogue entre le politique et l’associatif, comme le montre l’initiative des Etats généraux du service public. Il faut remettre au goût du jour le service public, non pas par les mots mais au travers des valeurs qu’il implique.Pourquoi on le défend ? Quelles sont ces valeurs ? Voila un travail à mener ensemble, syndicats, associations et partis politiques.
Le débat n’est jamais mené sur la question du partage des richesses. 53 milliards en exonérations diverses pour les niches fiscales, 700 millions de coût de bouclier fiscal, soit l’économie réalisée avec les suppressions de classes cette année. Les restrictions budgétaires ne sont pas traitées en fonction de ce qui est juste et efficace.
Les retraites : là aussi on essaie de nous piéger au travers de la solidarité entre les générations alors que la vraie question est : comment trouver les financements par une autre répartition des richesses produites et plus de justice sociale ? "
- Jean Christophe Le Duigou, de la CGT
"Dans le syndicalisme, il y a beaucoup de déçus du politique et, par là même, beaucoup de comportements contradictoires. Certains pensent que le syndicalisme peut suffire à tout. D’autres que c’est à partir du syndicalisme qu’on va reconstruire le politique sur le modèle ancien de la courroie de transmission, dans un sens ou dans l’autre. Les uns comme les autres ont tort.
Quelles sont les questions majeures ? :
- Le travail : la raison de la crise n’est pas seulement financière. Sur le fond, c’est la pression exercée depuis 25 ans sur le travail et le contenu du travail pour accroître le rendement des actions qui est à l’origine de la crise. L’endettement n’est venu qu’ensuite. La logique du rendement financier a tout emporté. De 2003 à 2007, chez Renault, possédé à 15% par l’Etat, le rendement des actions a été de 19%. Est-ce compatible avec une activité industrielle ? On a été déporté sur la question de l’emploi, on a oublié que le travail doit être repensé comme création collective, producteur de richesses, porteur de sens social et de signification dans la démocratie citoyenne.
La richesse : Il y a la question du partage des richesses, mais aussi celle du sens donné au contenu de la croissance ? soit, quel est le sens du travail dans la vie en société aujourd’hui ?
La démocratie : Il y a besoin d’un saut qualitatif : comment penser une société démocratique quand il y a de plus en plus de suicides au travail ? En ce qui concerne le service public, ce n’est pas seulement une question de services, mais aussi de citoyenneté avec l’accès de tous, sans discrimination, aux droits.
Je pense qu’il faut reprendre cette belle idée d’émancipation sociale. On ne peut plus s’appuyer seulement sur l’Etat, la transversalité doit être plus large que syndicale. En tout cas, cela appelle une grande politique du travail pour notre pays, en Europe et à l’échelon du monde."
- Maxime Dumont, de la CFDT
"La Charte d’Amiens est-elle toujours bien présente ? Cette défiance entre syndicats et le pouvoir politique existe toujours car les attentes sont aussi grandes que les désillusions. Aujourd’hui, en effet, les salariés viennent vers les syndicats non sur des valeurs, mais avec des attentes en termes de services que ne fournissent ni l’Etat ni les politiques. On se syndique parce qu’il y a un problème. Quand on ne leur rend pas le service attendu, on se retrouve avec « tous pourris » et « les syndicats c’est près du patronat ».
Dans un secteur comme le transport, même très contrôlé et réglementé, il ya des difficultés accrues avec les appels d'offres- comme évoqué précédemment pour les associations- avec une concurrence qui néglige toute dimension sociale. De ce point, quand la gauche est au pouvoir dans les régions, les comportements sont semblables à ceux de la droite. Si on n’a pas une écoute plus particulière du côté des collectivités de gauche, on ne convaincra pas nos copains de voter plutôt à gauche qu’à droite.
Attention à ne pas laisser penser que l’on a rien de neuf, rien de nouveau à dire. Car les jeunes ont été capables de se mobiliser comme on l’a vu au travers de grands mouvements altermondialistes.
On a les moyens de donner l’espoir, à la condition de porter les choses ensemble, syndicats associations et partis politiques, ce qui, pour le moment, n’est pas le cas."
- Patrick Gonthier, de l'UNSA-Education
"Nous sommes favorables au dialogue avec les partis politiques, mais à un dialogue dans le respect de l’autonomie. La charte d’Amiens est complexe: il y a à la fois autonomie des syndicats à l’égard des politiques mais aussi la capacité syndicale à s’exprimer sur le politique, sur des sujets de société. C’est aussi une chance pour le syndicalisme français.
Aujourd’hui il y a des problèmes, notamment avec les partis de gauche, avec le PS, avec sa faiblesse dans la défense des salariés, sa demande que ce soient les syndicats qui se substituent aux partis politiques pour que les salariés soient protégés. Or, c’est aux partis politiques de jouer leur rôle afin que les salariés soient mieux défendus. Il y a un manque de dialogue, une absence de courage.
Que ce soit la gauche ou la droite, il n’y a pas plus eu de débat sur l'éducation.
Il y a eu deux déceptions lorsque la gauche était au pouvoir :
- le dialogue avec les ministères pas toujours respectueux,
- la pauvreté du projet socialiste sur l’éducation. Or la réforme d'éducation doit être permanente parce qu'il s'agit du fondement de la société elle-même : elle nécessite un travail en profondeur sur les valeurs, le sens de la mission du service public. Il faut donner des priorités. Il s'agit d'affirmer une politique d'éducation.
Ce qui est en train de se passer, c’est un bouleversement de la fonction publique, des services publics. Le statut du service public est altéré par la nouvelle notion du mérite. Sur la laïcité, la loi Carle comme les accords Latran-Kouchner, peu de réactions à gauche, voire quasi indifférence.
Comme le montre le sondage du Cevipov, il y a une forme de désenchantement par rapport au politique, qui ne frappe pas encore le monde syndical, parce qu’il y a là des gens qui ont des convictions et parce que cela se passe sur les lieux de travail.
Nous avons des attentes envers la gauche, des critiques aussi au regard de l’expérience du passé. Mais en tout état de cause, le dialogue pour construire nous paraît le bon chemin."
- Caroline Fourest, écrivain et journaliste
"La droite attaque l’Etat-providence : Quand l’Etat fait faillite ou se retire, ce sont toujours les solidarités communautaires et religieuses qui comblent le vide.
La loi Carle est l’aboutissement d’un processus qui a débuté avec la loi Debré. L’Etat est en train d’organiser la concurrence de son école publique en soutenant l’école privée confessionnelle. Or les écoles privées se portent extrêmement bien et n’ont pas besoin de l’argent public. Il faut réduire les fonds aux écoles privées pour relancer l’école publique. Et si l’on veut éviter le développement du communautarisme, il faut renforcer l’école publique.
Il faut « retrouver un idéal universaliste », face à toutes les formes de particularismes religieux Il n’y a pas de passe-droit à donner parce qu’on vient d’une religion majoritaire ou minoritaire. La gauche doit comprendre que les minorités religieuses peuvent être réactionnaires. Il ne faut pas tolérer l’intégrisme. Les élus locaux ont du mal à faire le tri par rapport aux demandes de certaines associations (financement de lieux de cultes, créneaux dans les piscines…).
Il va falloir que la gauche fixe un cap pour tous ses élus locaux. Il y a un choix à faire pour dire où doit aller l’argent de l’Etat. Plutôt que de financer des lieux de culte, ce que les croyants peuvent faire sur leurs propres deniers, il faut construire des centres sociaux et culturels qui proposent une alternative citoyenne. Dans la plaquette de Gauche Avenir, le mot laïcité est là, celui d’intégrisme aussi. Cela fait du bien de constater qu’à gauche, on considère que la lutte contre le racisme et la lutte contre les intégrismes vont de pair.
Pour terminer, « Un nouveau front populaire cela ne fait pas ringard. Cela parle très fort. La République laïque et sociale, ce sont des mots qui ont tout leur sens aujourd’hui. Si c’est un nouveau front populaire qui regarde ailleurs pendant que les dangers totalitaires montent, alors c’est non. Par contre, si c’est un nouveau front populaire qui ambitionne de sauver l’Etat-providence et de se saisir de ces enjeux symboliques pour sauver la République laïque et sociale, alors on a tous envie d’en faire partie."
- Pascal Percq, d'ADT-Quart Monde
"La misère noire existe toujours dans notre pays. Les personnes pauvres souffrent de mise à distance et d’isolement. Et quand on est pauvre, on s’épuise d’autant plus vite que le sentiment d’être abandonné de tous gagne.
La crise ? Les personnes nous disent : « La crise ? J’y suis né »
Je veux rappeler deux dates :
- 1988 le gouvernement de Michel Rocard crée le RMI, un an après le rapport du fondateur d’ATD au Conseil Economique et Social sur un revenu de dignité ;
- 1998, la loi d’orientation de lutte contre l’exclusion et la grande pauvreté. Plus personne n’en parle. Dix ans de combat. C’est un bon exemple d’articulation entre le monde associatif, la société civile et le politique.
Cette ambition du droit commun pour tous n’est plus portée au plus haut sommet de l’Etat. La lutte contre la pauvreté n’est plus une priorité. Les politiques ont renoncé à s’attaquer à la grande pauvreté. Aujourd’hui près d’un million de personnes vivent chez d’autres (hôtels, parents, amis…). L’accès au logement est un droit fondamental, qui existe au même titre que l’accès à l’école. D’où la campagne qui va être lancée auprès des élus : « construire des logements dans ma commune ».
Dans le paysage politique, et à gauche, on évoque plus facilement aujourd’hui les travailleurs pauvres, que la grande pauvreté. J’ai été choqué d’entendre à gauche, aux lendemains du sinistre de 2002, que la gauche s’était trop occupé des pauvres car quand on défend les pauvres on ne se trompe pas de camp.
Pour conclure je rappellerai la devise au fronton du Conseil Economique et Social : « Considérer les progrès de la société à l’aune de la qualité de la vie du plus démuni et du plus exclu, c’est cela la dignité d’une nation fondée sur les Droits de l’homme »."
- Serge Incerti-Formentini, de la Confédération Nationale du Logement
"On assiste désormais à un scénario catastrophe : moins de 1,6% du budget pour le logement, à la vente d’Icade et du logement social.
La question du logement ne concerne pas seulement ceux qui n’ont pas de logement mais aussi ceux qui en ont.
Il faut geler les loyers pour permettre aux familles de retrouver du pouvoir d’achat à la fin du mois. On devrait aussi penser à instaurer et mettre en place un service public du logement et de l’habitat, avec le livret A et ses 145 Mds, la Caisse des Dépôts et Consignations, les organismes d’habitat social, le 1% logement…. La question des services publics est fondamentale car liée à l’idée de la République.
Il faut repenser la politique fiscale : un logement privé Sellier coûte 60000 € en réduction ficale, un logement social coûte 1000€.
La question pour la gauche est de savoir s’il faut prioriser le privé ou le public. Pour nous c’est le public qui doit être priorisé dans l’éducation ou dans le logement."
- Jacques Oudot, Fondation Abbé Pierre
"La crise de l’accès au logement concerne les ménages les plus fragiles mais aussi les classes moyennes. Il y a crise de la mobilité dans le logement. On constate l'accroissement des loyers. La politique du logement n'encadre plus rien: les loyers sont libres. Il a impossibilité aujourd’hui d’utiliser la loi DALO pour les exclus car ils prennent la place d’autres demandeurs.
Il n’y a aujourd’hui pas de débat national sur le logement. Quelques propositions de mesures à prendre portées par la Fondation :
Créer du logement social : 30% de logements accessibles dans tous les programmes immobiliers. Mettre en place un Plan de Cohésion Sociale : 30 000 PLAI, 150 000 logements vraiment sociaux, conventionnement des logements et partage des plus-values foncières et immobilières ; création d’établissements public fonciers,
Rendre les prix plus acceptables : bloquer les loyers, encadrer les loyers des relocations, revaloriser l’aide personnalisée au logement, créer des hébergements d’urgence pour les sans-logis.
Nous sommes dans une ghettoïsation du logement social : tout est fait pour que pauvres se retrouvent entre pauvres car le facteur ou le postier ne peuvent plus accéder au logement social."
- Jean-Pierre Dubois, de la Ligue des droits de l’Homme
"Nous attendons le retour du politique car le politique a disparu. Nous vivons dans le syndrôme de TINA (there is no alternative, il n'y a pas d'alternative aujourd'hui). Conséquence : les mécontents sont nombreux et majoritaires, mais encore plus nombreux sont ceux qui pensent qu’il n’y a pas d’alternative et sont « orphelins de l’espoir ». De même tout est polarisé autour des mesures de Sarkozy : pour ou contre ce qu’il propose.
Quelles propositions ? La LDH lance une campagne : “Urgence pour la liberté et urgence pour les droits ». Car il faut sortir de la posture défensive et critique pour aller vers la construction d’une alternative.
Proposition autour de 5 thèmes:
- Oxygéner la démocratie: sortir de la monarchie élèctive
- Rompre avec l'hystérie sécuritaire : accumulation de lois sécuritaires
- En finir avec la xénophobie d’Etat identitaire
- Sortir du contrôle social généralisé avec la montée des technologies de surveillance
- Défendre les droits sociaux. La justice fiscale est fondamentale : peut-on défendre une politique de gauche en laissant supprimer la dégressivité de l’impôt? Quelle voie ? Quelles méthodes ?
Les syndicats ont réussi à développer une unité syndicale internationale et européenne, pas les partis politiques, alors que le contexte est celui de la mondialisation.
Les formes traditionnelles sont en crise. Ce n’est pas le citoyen qui s’éloigne du politique, mais le politique qui s’éloigne du citoyen par une absence d’alternative. L’individu s’exprime souvent sous forme d’individualisme solidaire, auquel il faut faire une place, qui n’est pas celle de l’encadrement traditionnel dans des appareils. Mais, pour y arriver, il faut croire que le politique peut changer la société. Le pire ennemi, c’est le défaitisme."
- Bernard Laponche, consultant, Global chance
"Le rééquilibrage énergétique est nécessaire mais avec quel modèle ? Les plus riches doivent baisser leur consommation d’énergie pour que les autres pays puissent se développer.
On sait construire des villes différentes, faire du logement peu consommateur d’énergie…..
Cet enjeu est essentiel en termes de solidarité internationale mais aussi de solidarité nationale. La question énergétique représente une alternative drastique, nécessaire et enthousiasmante. C’est un élément d’une plate-forme commune et aussi une occasion de créer de nombreux emplois intéressants."
- Synthèse des auditions de Michel Charzat, animateur de Gauche Avenir
"La Gauche, ce ne sont pas seulement les partis qui la constituent. Rappelons que l’emblème de la SFIO de 1905 était les trois flèches qui symbolisent la coordination de l’action politique, syndicale et associative, oublié avec la charte d’Amiens, le léninisme….
Les partis sont aujourd’hui trop souvent sclérosés, repliés sur eux-mêmes. Soyons clair : les partis politiques sont irremplaçables dans une démocratie, mais ils doivent se rénover. Et pour se faire, se saisir des enjeux globaux, avoir le courage de faire vivre la laïcité, comme l’a dit Caroline Fourest, ou le projet de l’émancipation sociale. Bref, il faut un « retour du politique » comme l’a rappelé le président de la Ligue des Droits de l’homme. Les partis doivent aussi développer une culture nouvelle en écho à « la Gauche hors les murs », pour reprendre la très bonne expression de Lucile Schmidt. Dans cette perspective la priorité, c’est une articulation nouvelle entre l’action politique, syndicale, associative et les réseaux citoyens, ce que l’on appelait auparavant le front de classes, dans un autre contexte, il est vrai…La première étape, c’est d’écouter, d’impliquer de débattre à partir de propositions développées notamment ce soir, qu’il s’agisse de la lutte contre les inégalités, de l'école, du service public, de logement, de la précarité.
Trois lignes de forces se dégagent au terme de ces auditions :
- La société dans laquelle nous sommes est complexe, diverse, et conflictuelle. Or les contradictions sont le moteur de l’action. La gauche a méconnu cela pour avoir perdu le contact avec la jeunesse, la culture, le monde du travail ;
- Il faut non plus le meilleur des monde mais un monde meilleur, pour résister à la mondialisation libérale et pour juguler le capitalisme financier. C’est donc l’offre politique qui est en cause, car il ne suffit pas de dénoncer, il faut énoncer des réponses unificatrices, ce qui passe par l’écoute, pour aller du local au global, pour susciter l’appétit démocratique comme l’a rappelé JM Roirant :
- Le politique a la responsabilité d’élaborer un cadre global, d’éclairer le projet pour préparer l’avenir. Mais il ne peut plus le faire seul. Si l’on ne veut pas trahir l’espoir, il faut faire confiance à des « individus solidaires », pour reprendre l’expression de Jean-Paul Dubois. Il faut aller vers l’émancipation humaine et faire un saut qualitatif, comme l’a indiqué J. C Le Duigou.
Comme avec le Front populaire, comme avec le Conseil National de la Résistance, il faut aller vers une plate forme avec toutes les forces de la gauche, vers un nouveau partenariat entre la gauche institutionnelle et la « gauche hors les murs », avec comme étoile polaire le projet de l’émancipation humaine. L’idée d’un nouveau Front populaire s‘inscrit dans cette orientation. C’est cet espoir qui s’est exprimé. C’est maintenant aux représentants des partis politiques de nous faire part de leurs réflexions."
2ème partie (les interpellations), animée par Lucile Schmidt
La nouvelle pratique du pouvoir : les voies démocratiques nouvelles,
la construction d’un projet commun et l’exercice du pouvoir
"Deux points ressortent également des propos tenus par les « audités »:
- La colère, le désespoir par rapport aux partis politiques et en particulier par rapport au PS.
- La différence entre les associatifs et les syndicats : ceux qui considèrent que les partis ne jouent pas le rôle qui est le leur et qui souhaitent une restauration de leur rôle et ceux qui attendent une évolution des partis politiques, de leur rôle, avec la question : comment faire pour rester soi même dans un monde qui change ?"
- Thierry Pech, Directeur adjoint de la rédaction d’Alternatives économiques
"L’ambition serait celle d’un nouveau contrat entre la gauche et la société civile. Or ce contrat va être très vite mis à l’épreuve.
La notion de front de classes sonne faux dans la société française aujourd’hui. Beaucoup ne connaissent pas les syndicats et les associations. Beaucoup de citoyens ne sont donc plus et ne se sentent plus représentés dans les structures : partis politiques, syndicats, associations. Il y a une France qui n’est pas dans les structures, il faut aller la chercher.
Le syndicalisme est historiquement bas, pas seulement en France, sauf dans le pays où il rend des services et réalise des prestations. Quant aux associations, très vivante dans notre pays, la question du renouvellement de ses cadres est posée. .
Il y a usure des schémas hérités de la démocratie industrielle et des traditions politiques de la Gauche, car les représentants de la société civile ne sont pas, ou plus, les représentants des forces économiques et sociales. Le travail a perdu sa force symbolique, d’où de nouvelles formes d’investissement associatif.
Il faut donc favoriser l’essor de nouvelles structures en créant de nouveaux lieux d’expression comme des parlements civils ou en élargissant le conseil économique et social, en interpellant le futur avec, par exemple, les « Académies du Futur » de Pierre Rosanvallon où des experts parlent au nom des générations futures.
Le politique doit aider la reconstruction de la société civile car cette dernière n’est pas spontanément vertueuse. Il faut lui donner le sens des intérêts généraux afin d’éviter de voir des mouvements esseulés se juxtaposer, voire être antagonistes."
- Etienne Butzbach (MRC)
"Il y a nécessité d’une réflexion sur la période historique de trente dernières années, sur l’hégémonie néolibérale qui a pénétré dans les raisonnements les plus profonds de nos gouvernants et qui explique un certain renoncement politique.
En quoi les politiques à gauche ont-t-il répondu aux attentes ? Il est possible d’en parler aujourd’hui avec une note d’espoir car on est dans le renversement du cycle de cette période.Et l’on peut de nouveau parler régulation, nationalisations… Le paradoxe, c’est que la gauche est aux abonnés absents.
Or justement comment est-t-on capable de changer de paradigme face à la crise ? Pour cela, il faut redonner du sens au politique, à des notions comme projet, ou utopie, pour les refonder sur des valeurs républicaines. L’identité nationale, c’est la République avec sa devise « Liberté égalité Fraternité »
Il est possible de gagner en 2012, mais pas en se limitant au “contre Sarkozy”, car il faut être capable de changer positivement. Il faut avoir un projet et être uni. La question des primaires est intéressante dès lors que le débat est nourri par le projet. On a les éléments d’un projet : Nécessité de parler de la réforme fiscale : donner du poids à l’IRPP, supprimer les niches fiscales. L’école : les protestations contre l’école à quatre jours, effectivement ce n’est pas seulement les moyens. La sécurité : la gauche a été nulle. Le logement : c’est Borloo et pas la gauche qui a réalisé la récupération du 1% logement pour la rénovation urbaine, ce que n’a pas voulu faire la gauche.
Il faut réviser nos méthodes dans le cadre de la réflexion sur ce programme de gouvernement, afin de favoriser l’implication citoyenne."
- Arnaud Montebourg (PS)
"Il faut « une stratégie de reconstruction »
Pourquoi la question écologique est-elle perturbante ? Parce qu’elle remet en cause le schéma de la société de classes, schéma marxiste auquel nous nous rattachons où la responsabilité est collective. Avec la question environnementale, les réponses sont de l’ordre de la responsabilité individuelle.
Il y a là deux pensées qu’il faut conjuguer. Il y a la responsabilité sociale et la responsabilité individuelle. Et nous sommes en retard.
De même de l’altermondialisme : La Gauche est co-auteur de ce monde qu’elle se prend aujourd’hui à détester. Sera-t-elle la mieux placée pour la dépasser et dessiner un monde d’après ?
Enfin sur l’outil démocratique, je défends l’idée que la démocratie n’est pas achevée pour faire référence à un ouvrage de Pierre Rosanvallon. Ce que les Américains ont appelé “l’empowerment” dans laquelle le citoyen est actif.
La question de l’investissement personnel dans un contexte d’actions collectives ne peut pas réussir dans le contexte institutionnel actuel. Car la résistance est énorme. Le travail de rénovation démocratique de la gauche est indispensable."
- Robert Spizzichino (PG)
"Retrouver la parole de ceux qui ne sont représentés nulle part, évoqués par Thierry Puech, est une obsession du PG.
Trois constats guident notre analyse :
Le poids des défaites idéologiques et programmatiques de la gauche depuis une trentaine d’années, au gouvernement et dans l’opposition.
La panne des utopies émancipatrices, alors même que le besoin d’une alternative crédible est de plus en plus fort.
Le parasitage de la vie politique française par la présidentielle, qui favorise, avec l’aide des médias, la personnalisation du pouvoir et le populisme.
Nous pensons qu’il faut partir des luttes et des mouvements qui traversent notre société ; ils concernent la question sociale bien évidemment, mais aussi bien d’autres questions : écologique, altermondialiste, féministe, républicaine et démocratique, ainsi que ce qui touche à l’immigration. Or, dans l’état actuel, ces luttes et ces mouvements génèrent des champs d’actions multiples, souvent imaginatives, mais qui ne convergent que très rarement.
Donc, nous essayons d’identifier les leviers de convergences possibles. Dans notre situation française, et européenne, ce sont en premier lieu les résistances qui constituent le socle sur lequel bâtir des alternatives. Ces résistances peuvent et doivent contribuer à la politisation de la société. Il faut donc les étendre pour tout ce qui permet de combattre l’idéologie dominante. A cet égard, l’initiative prise par des organisations syndicales et soutenue par des partis de gauche et des associations à propos de la tenue des Etats Généraux des Services Publics est significative.
Repenser l’articulation entre le champ politique apparaît aussi comme une nécessité à mener conjointement par plusieurs organisations diversifiées (et non seulement politiques).
Cela amène aussi à des remises en cause profondes et à des interrogations sur des points comme la forme des partis politiques (parti-réseau ou parti-mouvement), la mise en place de mécanismes de limitation de l’accumulation des pouvoirs dans les organisations, la désobéissance civile comme outil de résistance, ou la nature des rassemblements à vocation majoritaire.
Enfin, la globalisation financière ainsi que les questions écologiques impliquent la recherche d’actions efficaces au niveau international. L’internationalisme à la fois politique, associatif et syndical s’impose comme une composante essentielle de toute réflexion sur l’accès au pouvoir gouvernemental dans un pays."
- Isabelle Lorand (PCF)
"Il y a quatre chantiers à ouvrir pour la gauche :
- Idéologique: Qu’est ce que la retraite ? : l’assistanat ou la découverte d’une utilité sociale ? La sécurité : il faut aller au débat, dans la proximité, pour dire qu’il n’y pas contradiction entre la liberté et la sécurité.
- La mobilisation : il y a des formes de luttes nouvelles : le collectif sur les franchises médicales ou le référendum sur la Poste.
- La modernité : nous avons des difficultés à nous emparer des questions et des préoccupations contemporaines : la ville, la bioéthique…. Nous restons sur des schémas anciens. La gauche est composée de deux grandes familles, qui ont des rapports différents à la transformation sociale. C’est une richesse si l’on crée une dynamique commune à ces familles. Et ce n’est pas gênant qu’il y ait plusieurs candidats de gauche au premier tour s’il y a un candidat unique second tour.
La question de primaires montre à quel point les partis sont en crise.
Il faudra que l’on dise ensemble tout ce qu’on va abroger de la politique mise en œuvre par Sarkozy. Car cette politique n’a pas produit d’irréverbilité et on peut l’arrêter."
- Claire Villiers (Fédération pour une Alternative Sociale et Ecologique- Alternative citoyenne))
"Les traditions mutualistes, autogestionnaires, ont représenté des leviers, à condition d’être inscrites dans une stratégie globale d’émancipation, dans une dynamique d’appropriation, dans un rapport de forces et générateur de confiance. Ce qui est intéressant, c’est l’appropriation ; ainsi dans les quartiers dégradés, est-ce que l’office HLM passe un appel d’offre ou fait appel à la régie de quartier ?
On essaie de construire des stratégies qui allient le local au global, des pratiques qui ancrent dans le concret les pratiques politiques, syndicales associatives.
Le pouvoir de l’élu est d’organiser le pouvoir démocratique. Son rôle est de construire les conditions de l’exigence du pouvoir par la population. Longtemps tournée uniquement vers le social, la politique doit être reconsidérée. Car l’universel se construit par le comportement de chacun. C’est comme cela que l’on peut redonner l’envie de République. Le travail est le lieu de l’échange. La citoyenneté ne peut pas s’arrêter à la porte des entreprises. Il faut réinsérer le sens du travail, ainsi que de la production, dans le champ du politique. La démocratie sociale doit rentrer dans l’entreprise."
- Marie-Noëlle Lienemann, animatrice de Gauche Avenir, conclut les débats....
"Ce ne sera pas une conclusion car il y a une grande richesse de points de vue, pas toujours convergents.
Tout le monde s’accapare le politique car il y a une imbrication des champs. D’où la difficulté à organiser les différentes gauches, mais c’est une opportunité.
Il y a une colère vis-à-vis des politiques. Et le sentiment des forces syndicales et des associations de n’être pas entendues. C’est le syndrome de l’affirmation de chacun pour soi, porteur du bien commun. Sans doute parce qu’il y a un doute sur la Gauche.
L’intérêt général ne pourra se reconstruire que dans la capacité à inventer une nouvelle forme de rassemblement. Il manque un “parlement des gauches” qui permette de débattre, d’échanger, d’inventer de nouvelles synthèses, un lieu au service des convergences pour créer de l’espoir, du sens commun (l’Etat, le service public, la participation….).
On constate des convergences fortes en faveur d’un débouché commun politique. Il y a des points d’appui, des volontés pour construire ce débouché commun. De même la confrontation au réel pose problème. Actuellement on nie certains sujets tel celui des pratiques locales relatives aux appels d’offre. Je suis hyper-critique sur la gestion de droite mais la réalité du logement, c’est que l’on a construit que 40 000 logement sous la gauche…
Il faut recréer des valeurs. Les premiers socialistes ne sont pas partis d’un modèle clef en main, mais de l’expression des syndicats et associations pour créer un chemin.
Pourquoi a-t-on choisi cette expression de nouveau Front populaire ? Si l’on veut reconfigurer le paysage politique, il y a deux stratégies : soit l’implosion de la gauche vouée à l’impasse, soit la dynamique unitaire. Comment élargir les forces de la démocratie en amenant ceux qui ne sont pas représentés ? Tout n’est pas dans les questions d’organisation. Aujourd’hui comment faire porter l’avenir ? Comment réaliser une synthèse nouvelle par le décloisonnement des champs, tels que le social et le sociétal … ?
Je retiens qu’il nous faut expliciter les points où l’on voit des convergences s’opérer : sur des problématiques nouvelles à aborder, sur les formes certes différentes du rassemblement. Il y a accord sur l’objectif de rassemblement mais avec des différences quant aux modalités. J’ai quand même plutôt ressenti une tendance favorable à une dynamique autour des Etats Généraux de la Gauche et d’une plate-forme commune. Reste une question qui n’est pas aussi convergente, celle des primaires pour la présidentielles.
L’ambition de Gauche Avenir n’est pas d’être un parti politique car les parti politiques ne bougent pas spontanément. Toute l’histoire de la Gauche montre qu’il faut des alertes externes avec l’impulsions des forces vives, syndicats, associations. S’il n’y avait pas eu en 1936 l’alerte syndicale, celle de la Ligue des Droit de l’homme, il n’y aurait pas eu le Front populaire.
C’est pourquoi Gauche Avenir prendra une initiative, après les régionales, sur la thématique du rassemblement des Etats Généraux de la Gauche et du débouché politique."





